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Nicolas

Nicolas était parti début juillet 2010 pour passer un an en Australie. Et plus si affinité. Au bout d’un an, il y avait assurément affinité, et rendez-vous fut pris pour une seconde année sur l’île-continent.

A la fin du mois de Janvier, accompagné de deux de ses amis, il s’est rendu en Tasmanie pour participer au Rainbow Gathering, grand rassemblement hippie / végétarien, sans drogue et sans alcool, pour 3 semaines.

Le soir du 4 février, après une soirée à jouer de la guitare autour d’un feu de camp, il a rejoint sa tente avec son amie.

Le 5 février au matin, il ne s’est pas réveillé.

Sans cause évidente de la mort, la police a décidé de procéder à une autopsie, qui malheureusement n’a révélé aucune explication à son décès brutal.

Au 8 février, l’autopsie étant terminée, nous sommes en attente des résultats des études toxicologiques.

La police a autorisé la mise à disposition du corps le 7 février à la famille.

Le cercueil arrivant scellé d’Australie, sa famille a décidé de se rendre sur les lieux afin de le voir, et ainsi, d’être en mesure de lui rendre une dernière fois hommage.

Un site a été mis en place afin de recueillir vos témoignages sur Nicolas et le temps que vous avez passé à ses côtés à cette adresse http://rogerlambda.info/ . Vous pouvez ajouter du texte, des photos, ou les deux.

La cérémonie se déroulera le Mardi 6 Mars à 10 heures en l’église de Notre Dame de la Gare, Paris 13e. Elle sera suivie de l’inhumation dans le cimetière parisien d’Ivry s/Seine.

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The Highway and the Dusty Road

The Highway.

Voilà. La route. À nouveau. Enfin. Ou plutôt l’autoroute. Même si, ici, les autoroutes ressemblent plus à des nationales ou des départementales françaises, elles restent les axes rapides principaux, affichant fièrement leur bitume comme une marque de noblesse dans la grande famille des routes australiennes.

Alors on roule. Sur la Flinders Highway, le paysage est morne et vite ennuyeux. Tels des pionniers partant tenter leur chance vers de nouveaux territoires, on file vers l’ouest. C’est tout ce qui importe. La plaine s’ouvre devant nous, gigantesque, large, inconnue, comme l’horizon infinie des possibles qui nous attendent.

On roule. C’est long. On croise peu de véhicules. On ne s’arrête pas vraiment comme on avait prévu. On trace. Sur une aire de repos, on trouve une annonce pour du boulot dans une cattle station. Tout excité, je prend le numéro. C’est une expérience dont je rêve depuis un certain temps. Au premier bled venu, on appelle. Pas de réponse, on laisse un message. Comme rien ne vient, on reprend la route, déçus. De toute façon, on ne pouvait pas laisser Julien seul.

L’autoroute continue de défiler. Les kilomètres passent. Fièrement, on atteint la roadhouse des 3 ways, au carrefour des routes de Darwin, Alice Springs, et Townsville. On est presque arrivés. Encore 700 km. Encore quelques nuits dans le bush, autour du feu. On est au centre du continent. Au milieu de l’île. Une impression magique.

Puis la plaine prend du relief, et au détour d’une montagne, Alice Springs apparaît. Ici, Julien nous quitte. Il prend le train pour rejoindre une fille à Darwin. Ça y est. Son aventure à lui a commencé.
Pour Yohann et moi c’est un peu moins drôle. La cattle station nous a laissé des messages, mais on est bien trop loin, à présent. Il faudrait parcourir à l’envers les 2500 km que l’on vient de faire. Frustrant.

Commence alors une semaine d’errances et de doutes. On passe nos journées à chercher du travail. Je retrouve Ely qui bosse toujours ici. Il égaye mes soirées, même si seul sans la bande, c’est plus pareil. Il n’y a plus l’équilibre des uns et des autres, la magie du groupe.

Les jours passent. De fausses joies en vraies déceptions, c’est la descente. Je fais les chambres de l’auberge pour payer mes nuits. On n’a plus un rond. Alors on se dit qu’il faut aller chercher le boulot là où il se trouve. On rappelle la cattle station. Ils nous engagent, même s’ils restent assez dubitatifs devant notre motivation à parcourir autant de distance. Pour nous, peu importe. La route, ça nous fait pas peur. Un coup de stop et en 3 ou 4 jours on y est. Un boulot et surtout une expérience formidable nous attendent au bout du chemin.

The Dusty Road

Le bord de la route, en fin de matinée. Le pouce levé dans le soleil éblouissant et le bitume brûlant. Une vague pancarte. Des sacs à dos posées contre le rail de sécurité. D’autres backpackers, dont la tête ne m’est pas inconnue, sont déja sur le spot. Ils attendent depuis 5h du mat’. Ça s’annonce mal. Un mec s’arrête puis les emmène. On attend. A peine le temps de commencer à douter. Deux vans s’arrêtent. Deux backpackers, Steven et Fab, avec deux auto-stoppeuses allemandes, Meike und Kerstin. Ils s’en vont sur la côte est. Ils ont de la place pour nous et nous proposent quelque chose de différent de notre plan initial. Prendre la route tangente. La Plenty Highway. Une piste de 4×4 à travers l’Outback. Pas de circulation, pas de moyen de communication, le risque de rester coincé plusieurs jours en cas de panne. Un trajet plus long que prévu dans tous les cas. Ce n’était pas le plan. On hésite. La peur de faire une erreur de jugement. De perdre notre opportunité de boulot. Et puis ce qui arrive arrive pour une raison, me rappelle Yohann qui a bien écouté mes histoires de hippies. Juste. Ça me revient, maintenant. Saisissons ce que la vie nous offre. J’étais parti de la ville pour fuir cette existence bien rangée de choix raisonnés. Provoquer le mouvement, l’aventure. Prendre les événements comme ils viennent et aviser ensuite.

L’hésitation dure un instant. On se lance. On y va, on verra. On grimpe dans les vans. Et nous voilà partis sur la Plenty Highway. Bien mieux que de refaire la même route répétitive et ennuyeuse dans le sens inverse. Une route différente, une expérience différente, encore un peu d’inconnue et de spontanéité. On ne regrette pas notre choix. La route est belle. On croise toute sorte d’animaux et aucun être humain. On campe à l’arrache au bord de la piste. Du sauvage. Des paysages. Sans fin. Même le ciel est magnifique. Du simple nuage à ma voute étoilée pure de toute pollution lumineuse.
Les vans prennent cher. À l’intérieur, tout est recouvert de poussière rouge. Les vibrations dues aux corrogations, les chocs, tout est un peu violent. Il leur faudra certainement faire un tour au mécanicien après ça. Je m’en tape. Je suis l’auto-stoppeur. Ça ne fait pas partie de mes soucis.
Le route est en bon état. Malgré tout. Pas de sable ou de boue pour s’embourber. Pas de dénivelé impassable par les vans. On est chanceux.

Enfin, un jour, on ne sait plus trop lequel, on arrive à la ferme. Accueillis à bras ouverts, la troupe est invitée à rester pour la nuit. On nous fournit viande et barbecue. On visite l’endroit, on rencontre la famille, les chiens, l’ému apprivoisée.
Dans les yeux de nos camarades voyageurs, la jalousie. Ils voient bien qu’ici, nous allons vivre quelque chose de spécial. Quelque chose qui n’est pas offert à tous. Une expérience dépaysante. Une intégration totale dans la vie d’une famille de l’Outback australien. Bien loin des serveurs et des fruitpickers. Bien loin des auberges et des pubs bruyants.
Au petit matin, la caravane reprend la route, nous laissant face à nous-même.

On l’a fait. On a laissé les choses venir à nous. On a suivi les évidences. À l’arrivée, on a mieux que ce qu’on aurait pu espérer.

C’est le début d’une grande aventure. D’un nouveau chapitre. D’un autre rêve.

Et la fin d’une longue errance. De Cairns jusqu’à Alice Springs par l’autoroute. D’Alice Springs à Hughenden à travers le désert, au nord de la région du Diamantina. Cette route qui nous ramena presqu’à la case départ. Presque. Au milieu du Queensland, dans des régions insoupçonnées de la majorité des backpackers. Pas un seul van sur la route qui passe devant chez nous. Des Road-train essentiellement. Quelques caravanes de retraités qui voyagent dans l’Australie profonde.

J’ai enfin le temps de me poser. De me reposer l’esprit. Les 3 ou 4 derniers mois ont été plus que denses. L’impression d’avoir couru un 3000 mètres. J’ai plus changé dans ce court temps que dans le reste de mon voyage. J’ai fait des rencontres qui ont modifié ma trajectoire à jamais. Ma manière de voire mon itinérance. Je suis devenu un vagabond. J’ai appris à me laisser porter plus que jamais. À croire en ma bonne étoile. Laisser les choses venir à moi. J’ai pris confiance en moi-même. En mes choix, en mes envies. J’ai changé mon rapport à ma musique. J’ai recommencé à écrire, à l’utiliser. Pour subsister. Pour obtenir ce que je veux, pour les filles. Pour faire passer de bons moments à ceux qui m’entourent. Je suis fier de mon parcours, de toutes mes expériences. Je n’ai plus aucunes frustration ou regret. Je sais que ce que j’ai vécu est singulier, que j’ai appris beaucoup. Sur les autres, sur moi-même. Que tout ce que j’ai fait jusqu’ici m’a appris à avancer tout seul. Que j’en ai fait bien plus que la majorité. Même si je sais que je reviendrai chez moi, notamment pour mes projets musicaux, des idées folles me traversent l’esprit, à présent sans m’effrayer. J’envisage l’inconnu qui vient avec plus de sérénité. Savoir que ce dont j’ai besoin viendra en temps et en heure, de lui-même. Oublier les soucis superficiels. Internet. Le réseau. Le téléphone. Se suffire de rien, jusqu’à être sans papier. Respirer. Observer. Recevoir. Le plus ironique c’est que c’est dans cette période pleine d’impératifs, où j’aurai du me fixer des limites et ne pas prendre de risque afin d’assurer mes arrières, que je me retrouve à me laisser plus que jamais porter par le flot. Les jours de visa à finir, les caisses à renflouer, rester autour de Cairns pour l’arrivée de mon frère et de Xavier. C’est peut-être même parce que ces limites existent que je me suis fait un plaisir fou de les détruire.

J’ai quitté l’autoroute. J’ai pris les routes de campagne, les chemins de traverse. Les pistes poussiéreuses désertées de la majorité des voyageurs. Dieu seul sait où elles me mèneront.

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« Je n’ai pas peur de la route… »

Pour rendre hommage comme il se doit au déroulement des événements, il me faut reprendre avant le Festival de Kuranda. Là où je vous avais laissé. La fin du Bushweek Festival, le jour où j’avais quitté Francisca. Le retour à la ferme suivit finalement de mon retour à Cairns.

Cairns.

Station balnéaire aux portes de la Rainforest et de la grande barrière de corail. Royaume du backpacker, avec le « Lagoon », piscine en front de mer, comme rendez-vous de jour, et les bars du Woolshed et du Gilligan comme rendez-vous de nuit.

Je me retrouve chez Moggy, qui m’accueille comme un frère. Il me laisse les clés pendant ses vacances et ses déplacements professionnels. L’appart’ devient vite un gros squat. Arrivés sur Cairns un par un depuis leur job au Club Med, mes trois acolytes parisiens, toujours fauchés, viennent crécher avec moi. Les quatre larrons, à nouveau réunis. Ça s’annonce bien. Au détour d’un dîner à bas prix dans un bar de backpackers, on rencontre Julien, fraichement débarqué de la planète France. Avec l’excitation de lui faire partager ce qui l’attend, on l’emmène dans nos pérégrinations nocturnes. Bref, on n’a pas attendu pour remettre ça. Ça sent bon les soirées sans limite dans une ville à notre merci.

Et puis une autre surprise m’attend. Un fantôme du passé. Venu tout droit d’une autre vie. 7 ou 8 ans auparavant. Fareins, une colonie de vacances musicale, où, en jeune animateur de 20 ans, je faisais mes premières armes. Une petite bande d’ados. Du rock’n roll, des guitares, des conneries de parisiens en vacances. Quelques chansons griffonnées sur un bout de papier. Des refrains qui restent. Même après que les noms et les visages sont tombés dans l’oubli par la force du temps et de la distance. Jusqu’à ce que. La magie du réseau. À 20 000 km de notre lieu de rencontre, de l’autre coté de la planète, à un endroit que je n’aurai jamais envisagé à l’époque, je retrouve Yohann, 7 ans plus tard. Un surprenant et délicieux presque hasard. Tellement inattendu qu’il sera décisif dans la suite des événements.

Et parce que parfois, il n’y a rien à dire, parce que parfois tout est simple, on se met à passer des soirées ensemble comme si nous avions partagé notre dernier pétard une semaine auparavant. Un autre espace-temps, une autre dimension, la même magie. On grattouille dans les rues. Nos guitares s’emmêlent comme si elles avaient toujours joué ensemble. On prend des cuites. On partage nos Australies. Sa vie sédentarisée à Sydney pendant 6 mois, avec ses fêtes et ses soirées, puis la saison dans sa ferme de Stanthorpe. Son envie et sa peur d’autre chose. Ma vie de vagabond, le mouvement, la route, les hippies, le hasard et l’aventure. Il ira, sur mes recommandations, passer une nuit ou deux à Cedar Bay, dernier spot connu de la caravane. Alors il entre dans ma dimension. On se fait une mission auto-stop jusqu’au Kuranda Reggae Festival. On y retrouve Claire et Gwen, de Byron Bay, et certains de la caravane, dont Francisca, avec qui on se faufile sans payer, comme à la bonne époque. Il entre rapidement dans le vif du sujet. Après 9 mois en Australie, il envisage son voyage autrement. Et je suis heureux d’en être responsable.

Mais mon retour à la civilisation est difficile. Je l’envisageais avec impatience comme un retour glorieux, je me sens juste oppressé et perdu. J’étais déjà peu excité par l’idée de vivre en ville. Mais après tout ce temps passé dans la forêt et la jungle, rester ici devenait pour moi encore plus un non sens. Pourtant, sans trop savoir pourquoi, sans réaliser, je reste. À la base pour jouer dans la rue. Busker, comme on dit en franglais correct. Je pensais me faire beaucoup d’argent comme aux premiers jours, avec Francisca. Mais je ne réitère plus la performance. Quelques dizaines de dollars par soirée. Rien de palpitant. Alors je trouve un boulot. Difficilement. On m’offre 2 ou 3 heures par soir seulement. D’un autre coté, je prenais rapidement mes marques dans ce nouvel endroit. Une chose que je commençais à savoir bien faire, maintenant. M’intégrer, me connecter. Une chambre dans une coloc’ pour pas trop cher, des voisins formidables, une petite bande de potes. Je m’étais trouvé un remake citadin de la rainbow family. La maison du bonheur. Sexe, drogues et rock’n roll chez Tayce la beetneek. Et cette nuit mémorable qui nous vit, tous complètement perchés, trippant sur ceci ou cela, s’extasiant d’un rien, riant de tout. Même la police, attirée par les élucubrations sonores de Franck Zappa, s’ajoutera à nos amusements faciles et peu catholiques. Puis, après avoir rejoint mes potes grattouillant dans une chambre, avachis sur des matelas, j’allais m’enfermer quelques minutes avec une inconnue, pour finalement m’enfuir dans la nuit tel un voleur de pomme.

Comme j’avais quitté l’appartement de Moggy, mes trois potes squattaient l’endroit jour et nuit. Tout allait bien. Un semblant d’équilibre. Un ersatz de bonheur. Fragile et éphémère. En effet, en conclusion de quelques tergiversations, Omar et Thib quittent définitivement l’Australie. Après en avoir parlé et rêvé plus de 6 mois, leur périple en Asie se résumera à un court séjour à Bali. Les problèmes d’argent et de boulot, la magie des moments, les rencontres, auront repoussé leur départ jusqu’à cet ultime moment. Ely, lui, prend ses responsabilités, trouve un boulot, et part pour Alice Springs par un Greyhound du soir.

Je laisse partir des potes complètement différents des énergumènes rencontrés 5 mois auparavant. Ils ont grandi, comme moi, et je me rend compte qu’il y a bien longtemps que j’ai arrêté de les materner.

Omar me laisse pour longtemps dans la tête ce gimmick de Led Zeppelin qu’il avait constamment au bout des doigts.

Seul, alors, dans cet endroit sans magie, je réalise qu’il n’y a rien de palpitant. Que je suis à mille lieux de ce qui me fait vibrer. Que je galère alors que rien ne m’y oblige. J’ai le champ des possibles ouvert devant moi et je perd mon temps à Cairns. Mon seul impératif est l’arrivée de mon frère en septembre, ici même. Ça réduit un peu ma liberté de mouvement, mais pas tant que ça. Il me faut juste être à un endroit donné à un moment donné dans un pays large de plusieurs millions de kilomètres carrés, avec toujours cette possibilité d’être transporté d’un bout à l’autre en un clin d’oeil, balloté au gré des rencontres et des boulots. Il me faut des sous pour quand il sera là. Raison de plus pour me bouger le cul. Il y a aussi Xavier qui arrive mi-août, mais c’est différent. Il me rejoindra, on avisera. Benoît, lui, vient en vacances. Être disponible temporellement, géographiquement, et financièrement, pour une période définie. Telle est ma mission. Je ne suis pas sûr que lui en comprenne tout l’enjeu, mais peu importe.

Je suis trop content de le voir ici pour ne pas l’accueillir comme il se doit. Profiter de ces trois semaines pour qu’il reparte en ayant effleuré du doigt mon Australie.

La communauté backpacker semble s’être donnée rendez-vous à Cairns. Je recroise ici et là des têtes connues. Même si beaucoup de voyageurs avaient soudainement quitté l’endroit, faute d’emploi et de réel intérêt, il y a toujours du monde. Le fourmillement de touristes me donne mal à la tête. Je sature des soirées spéciales backpackers, et leur musique pourrie et sur-entendue, dans les bars de backpackers, remplies de backpackers, qui se prennent des cuites de backpackers, en essayant de chopper de la backpacker. Fatiguant. Inutile. Je repense à ma forêt, à mes feux de camp. Besoin d’espace. De nouveauté. Quelque chose de différent. Je me demande soudainement ce que je fous là. Presqu’un mois ici, je ne me rappelle plus pourquoi. Il me revient alors que je voulais me poser loin de la ville, dans une ferme ou une roadhouse perdue, histoire d’économiser sans dépenser. Et puis je m’étais retrouvé coincé, pris dans ce tourbillon citadin d’attaches et d’obligations qui rendent sédentaire en un clin d’oeil. Bref. Un mode de vie insuffisamment rentable pour me permettre de rebondir et de continuer ma route. Tout juste de quoi survivre dans une ville surfaite et sans intérêt. Il me faut fuir. J’y pense. Fuir, mais où ? Fuir, mais comment? C’est Yohann qui me donne le déclic. Lui qui disait être heureux de m’avoir rencontré parce que je donnais un nouveau souffle à son voyage. Étrange retour du destin. Il s’est donné trois jours pour trouver quelque chose de nouveau, sans quoi il rentre à Paris. Je m’efforce de le persuader que ce serait le pire des choix, qu’il doit juste se lancer. Prendre la route. Aller voir où ça se passe. Où ça ne se passe pas, plutôt. Et puis je me dis que je ferai bien de faire la même. Ne pas m’encroûter dans ce quotidien débile et vide de sens. Continuer sur ma lancée. On lie nos destinées. Je quitte mon boulot. On décide de prendre la route quoi qu’il arrive. Taper à la porte des roadhouses ou des fermes qui croiseront nos routes. Comment ? Aucune idée. On laisse le hasard du destin gérer cette partie du projet. Il fait ça très bien. Julien, qui trépigne d’impatience de se lancer, décide de se joindre à nous. Il se met en mouvement. Il quitte son école d’anglais inutile et scolaire, encore une arnaque de backpackers, pour expérimenter l’anglais en grandeur nature. Avec son cash de nouvel arrivant, on se trouve une relocation dont il peut avancer la caution. On prend la première venue pour n’importe quelle destination vers l’ouest. Alice Springs. C’est loin. C’est bien.

Entre temps un employeur m’appelle pour un boulot de groom dans une écurie du sud de l’état. Pas tellement bien payé, mais c’est un boulot sûr. Ce sera toujours mieux qu’ici. Et je suis bien tenté par cette opportunité de bosser à nouveau avec les chevaux. Je panique. J’accepte. Je laisse tomber mes potes au dernier moment. Je me sens faible et lâche, même s’ils ne m’en veulent pas parce qu’ici, on voyage seul. On ne se doit rien. Et puis le doute me vient. Il y a Yohann que j’ai du mal à laisser partir. Notre amitié renaissante. Nos projets. Notre musique. Il y a le road-trip à trois vers l’inconnu. Et en face, un boulot, de rêve, certes, mais sous-payé, dans une région où j’ai déjà été, où c’est l’hiver. Je suis perdu. Le pour, le contre, les impératifs. L’aventure. Je ne sais plus ce que je dois faire.

J’appelle ma petite fée, de l’autre côté de la mer du Timor. J’ai besoin de sa lumière. C’est la seule qui me connait suffisamment, qui connait ma condition, pour pouvoir m’éclairer la route à cet instant précis. Entendre sa voix une dernière fois, aussi. Je l’écoute. Elle me manque. L’argent n’est pas un problème. Il ne doit pas en être. Rappelle-toi ce que tu es venu chercher. Fais-en le fil rouge de tes décisions. Suis ton coeur et tes désires profonds. Le reste suivra et viendra en temps venu.

C’est exactement ça. Suivre ma raison ou suivre mon coeur. La sécurité ou le risque. Le fun ou le raisonnable. L’inconnu ou le déjà vu. Le voyage ou les pantoufles. Le corail ou le RER.

L’autoroute ou la piste poussiéreuse dont le nuage rouge cache la ligne d’horizon.

Je ne sais pas pourquoi j’ai autant réfléchi.

L’évidence est telle qu’une fois le choix fait, je ne regrette pas une seule seconde. Je sais déjà que ce qui m’attend sera encore mieux.

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« Moi ici, toi là-bas, le visa au consulat »

Il y a eu cette période, début Juillet, autour du festival reggae de Kuranda, où rien n’etait clair. Les errements administratifs autour du passeport volé, les errements psychologiques et mon inaptitude à envisager la suite, les errements affectifs avec le retour de Francisca. Et les errances géographiques qui dépendaient de tout ça.

Le passeport compliquait largement l’histoire. Pour tout vous dire, l’administration française m’a fait bien rire. Jaune. La légende de l’ambassade française comme un havre de paix pour le voyageur en déroute n’est qu’une légende. Il ne s’agit que d’une administration française, expatriée. Mieux vaut-il ne pas avoir à traiter avec ces gens là. Pour un peu, ils vous trouveraient plus de problème que vous en avez déjà. Parce que vous ne vous êtes pas inscrit sur la liste des ressortissants, ou pour des histoires d’élection. J’en avais déjà fait les frais quelques années auparavant, lors d’une mésaventure similaire en Serbie. Où grâce à la puissance et la bonne volonté de notre administration bienveillante et protectrice, je me retrouvai, sur fond de cérémonie d’ouverture des J.O. de Pékin, dans le bureau d’un juge serbe. Et le fait d’avoir échappé au cachot, je ne le devais pas au personnel de l’ambassade ni à leur zèle légendaire. Vous pouvez être en détresse loin de chez vous, ils n’en restent pas moins des fonctionnaires avec leurs horaires de bureau.

Mais revenons à nos kangourous.

Apparemment, ici, un petit malin de l’administration avait voulu, quelques temps auparavant, faire de la France une exception en développant entre tous les consulats du pays son propre réseau de prise d’empreintes pour les passeport biométriques. Puis bien sûr, avait abandonné l’idée sans autre forme de procès. Et fait ainsi de la France une exception. Un des seuls pays ne possédant que 2 machines à prise d’empreintes à travers un pays large de 5000 km, sans pour autant être connecté au réseau australien. Autrement dit, tout ressortissant français ayant eu la glorieuse idée de se faire alléger du précieux sésame gagne instantanément un aller/retour pour Sydney. À ses frais, bien évidemment. Depuis n’importe quel endroit le plus reculé du pays. Et comme la perte des moyens de paiement, voir d’une partie de sa bourse, accompagne la disparition du passeport, je ne perd pas mon temps à vous décrire le cauchemar. D’autant que la condition de backpacker ne permet généralement pas de s’offrir le luxe d’un trajet d’urgence à travers tout le pays.
Déjà heureux de ne pas me trouver à Broome, et ayant quelques semaines devant moi avant certains impératifs, je décide de suivre les instructions données au Consulat de Cairns. Appeler l’Ambassade, prendre un rendez-vous, me rendre à Sydney en stop, faire les démarches, rentrer sur Cairns, et attendre sagement l’arrivée du document quelques semaines après, au consulat de mon choix. Je vous passe les détails quant à mes échéances de visa. N’ayant d’autre choix, et voyant l’évolution rapide de ma situation, je l’ai renouvelé sur le numéro du passeport volé. Bref. Mon plan était près, sac à dos presque sur le dos. Mais tout cela était sans compter sur la légendaire efficacité de l’administration française au service du citoyen.
Le numéro de téléphone fournit par le consulat pour prendre rendez-vous ne répondant jamais, je décide après un certain temps d’utiliser une vieille technique ancestrale : j’ajoute 1 au dernier chiffre et, oh miracle, un correspondant répond aussitôt. Là, c’est la désillusion : on m’explique que vraiment, les consulats sont incompétents et délivrent de mauvaises informations. Sans commentaire. Voilà l’idée. Je dois remplir un formulaire de demande de passeport, l’envoyer par la poste, puis attendre que l’ambassade me propose une rendez-vous. Soit. Je m’exécute. À la clé, un aller retour à Cairns depuis ma ferme pour des photos d’identité. J’envoie mon courrier en prioritaire et attend impatiemment un signe, près à prendre la route. Signe qui, bien sûr ne vient pas. Au bout de quelques jours, je décroche mon téléphone. « Ah mais monsieur, on a du recevoir votre dossier si vous l’avez envoyé!  Cependant il ne sera pas traité avant trois semaines – un mois! On est débordés, ici!  » Ajoutez à cela trois semaines de délai pour obtenir le document, je vous laisse faire le calcul. Je suis un backpacker. Je sais à peine ce que je vais faire le jour suivant. Ici, on me demande de me lancer dans une procédure de deux mois incluant un aller – retour à Sydney, à une date inconnue. Après quelques échanges de politesses, je lui fait donc savoir que je passerai à l’ambassade lorsque mes vagabondages m’amèneront à proximité. Que je n’ai pas les moyens pour qu’il en soit autrement.

Ironie du sort, quelques jours plus tard, je reçois un mail de l’ambassade me demandant de les contacter pour prendre rendez-vous. Ma correspondante a-t-elle été sensible à mes arguments?  Nul ne le sait. Mais il était déjà trop tard. J’avais changé mes plans, trouvé un boulot et remis toute cette histoire à plus tard. Depuis le temps, rien n’a changé. Mes pérégrinations m’ont mené toujours plus à l’Ouest, toujours plus au Nord. Je voyage sans aucun papier depuis bientôt 4 mois et cela m’a juste couté quelques soirée arrosées auxquelles le videur ne m’a pas laissé accéder. Économisé devrais-je dire.

J’avais aussi ce billet retour pour Paris, dont la date limite se trouvait début Juillet. La fin prévue de mon année de vacances. Et toutes les interrogations qui l’accompagnaient. Rentrer définitivement? Hors de question. Rentrer faire la fête, dire coucou, puis repartir ; avec quel argent ? Ou encore utiliser le billet pour me rendre en Asie. Et puis?  Avec quels sous voyager là-bas?  Avec quels sous revenir ?
J’attendais un miracle. Au bout d’un moment, il est devenu évident que ce billet d’avion ne trouvait pas sa place dans mes plans. J’avais bien essayé de le revendre mais il était impossible de le céder. Je vous économiserai un laïus à propos des règles commerciales abusives des compagnies aériennes, au sacro-saint nom de la sécurité. Bref. Je me réveillai un beau jour sans ce dernier cordon ombilicale avec la mère patrie. Sans cette épée de Damoclès spatio-temporelle. Juste moi, quelque part. Plus le moindre impératif. La seule limite temporelle étant celle de mon ennui. De ma nostalgie. De mon courage. Moi-même en quelques sortes ; je devenais l’unique limite à mon voyage. Seul maître à bord, à present. Une délicieuse sensation de liberté et de puissance qui me fit bien vite oublier la valeur du billet perdu.

Au Kuranda festival, Francisca débarque avec Anthony et Madhu. Je reconnais immédiatement le van d’Anthony parmi tous les autres. Ils ont quitté Cedar Bay où le reste de la caravane est resté, et cela malgré la longue marche, malgré les rochers et la forêt. Francisca savait qu’elle me trouverait ici. Les retrouvailles sont délicieuses. Peu importe la galère pour entrer dans le festoche, peu importe la pluie. Je suis avec elle. Les dieux nous ont accordé un sursis. Une dernière bouffée d’air avant de la voir partir. À ce moment précis, je sais qu’elle n’est plus juste celle que j’avais laissé partir sans amertume. Je sais qu’au lendemain du festival, ce sera plus difficile que la première fois. L’absence a fait son boulot. Je sais que je dois continuer à voyager seul et ça m’aide à supporter la séparation. Mais la saison s’est transformée en éternité. Elle va me manquer. Elle s’en va pour le Timor, et qui sait si je la reverrai un jour.

Elle a saupoudré mon voyage de magie et de simplicité. Elle m’a ouvert l’horizon. Elle m’a offert la déraison. Puis elle a disparu au coin de la rue. Simplement. À peine quittée et je pense déjà à cette avenir proche ou lointain qui m’offrira a nouveau sa présence à mes côtés.

C’est la fin d’un chapitre pour moi. Je me sens bizarre, parce que je ne sais pas ce qui m’attend, je ne sais pas ce que je veux. Quelques uns de l’autre partie de la caravane, n’ayant pas été au paradis des noix de coco, veulent monter un petit groupe pour busker ensemble sur la côte. Je me jette à corps perdu dans ce projet, parce qu’il résonne avec mes envies du moment. Rester dans la vibration Rainbow, faire des sous avec ma musique. Mais rapidement je me rend compte que je ne suis pas bien avec ces gens. Déjà, je fais plus d’argent lorsque je joue seul, et puis je n’ai pas envie de faire dépendre mes choix d’un groupes de personnes aux multiples envies différentes. Trop compliqué. Trop lourd. Trop lent.

Je quitte Kuranda, je quitte ma famille, je quitte mes amis, je quitte mon amour. La caravane se disperse.

Me revoilà à Cairns. Seul. Devant moi, le vide. Mais cette fois-ci, plus effrayant qu’excitant.

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WITH YOU, STANDING BY MY SIDE

With You,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With Love,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

Je suis un vagabond
Va-nu pieds des lagons
Petit grain de routard
Dans ma quête au hasard

Little magic fairy
Teach me how to fly
I need your energy
To travel safe and high

With You,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With Love,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

J’ai perdu mon passeport
Et bien plus encore
J’ai perdu mes papiers
Et mon identité

‘Got nothing but my soul
But I’m not lost at all
J’ai toujours ma guitare
Mon envie d’autre part

J’ai perdu mon passeport
Mais ça me rend plus fort
J’ai toujours mes deux pieds (d’alu)
J’ai toujours mes deux pieds

The dark side of the dream
Will be blown by the wind
The dark hide all the cream
Of my Chocolatine

With You,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With Jah,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

Tout cela est loin et je n’y pense plus
Je n’ai pas envie de pleurer sur ce que j’ai perdu
Je marche devant toujours, ne pas perdre de vue
Que c’est de la vue de l’esprit que viendra le salut

Tout cela est loin et je n’y pense plus
I’m not goin’ to cry again on everything I lost
I need to focus all my mind on what make me the most
Happy, I want to put it down, this is the way it cost….

With You,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With Love,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With Jah,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

With You,
Standing by my side
Why should I be afraid
Why should I be afraid

http://www.rogerlambda.info/stockage/standingbymyside.avi

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« …But I never wave bye-bye »

Nous y sommes. Nos chemins se séparent.

Parce qu’on a toujours su que ce moment viendrait, on est un peu préparés. Un peu. Ces moments là ne s’anticipent pas.
Je la prends dans mes bras. Toute la tendresse du monde dans une seconde d’éternité. Sans colère, sans ressentiment. Un dernier sourire, un dernier soupir, remplis d’affection. Et chacun s’en va de son côté. Sans presque se retourner. La gorge serrée, une boule au ventre, je pars vite. Je ne veux pas rendre les adieux plus difficiles qu’ils ne le sont déjà. Il est temps. Ai-je fait le bon choix ? Ai-je pris la bonne route ? Nul ne le sait. Il n’y a pas de route juste. Rester debout à chaque pas, c’est déjà ça. Je m’efforce de regarder vers l’avant, comme toujours. Un nouveau début. Ou une simple transition. Seul. Mais pas pour longtemps, sûrement.

Le retour au Happy Shed, seul dans la nuit, porte un arrière gout de nostalgie. Comme un festival après le départ du dernier campeur. L’endroit parait vide sans elle. Assis dans ma cabane, la télé diffusant un documentaire sur Shark-Bay donne un peu de vie a un lieu dépeuplé et désormais sans âme. La nuit épaisse m’isole encore plus.
Je suis comme un junkie en cure. Le manque est violent. Parce qu’elle n’est plus là, j’oublie tout ce qui faisait que ce n’était qu’un amour de saison. Mon envie de papillonner, son envie d’ailleurs. Ce qui m’exaspérait, sa propension à trop parler, à avoir toujours raison, à tout égarer et tout oublier. Ses constants changements d’humeur et d’avis, ses réactions tellement intenses qu’elles en devenaient fatigantes.
Je me rappelle sa magie, son sourire, ses yeux pétillants de vie, sa facilité a jouer avec la providence, à provoquer le miracle, à sentir et à surfer les vagues du destin. Son entrain et son engouement pour le plus simple. Sa capacité à voir l’essentiel. À donner un sens au hasard.

Mon oreiller porte encore son odeur. Plus d’un mois et demi. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Constamment ensemble. Réapprendre à dire nous. À penser pour deux. À faire des compromis. Des choix en communs. Et soudain, le vide. La séparation est difficile. Sans haine, sans amertume. Le temps est venu, simplement. La saison s’achève. Chacun l’envie de retourner au vagabondage solitaire et sauvage. Le refus de s’enfermer dans la routine.

Être plus fort que la peur d’être l’un sans l’autre.

On se souviendra, on ne regrettera pas. J’en suis sûr.

Bon vent, mon amour.

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« Right here, right now »

Ici et maintenant. Fin Juin. Assis sur un petit monticule de terre qui me permet d’apercevoir les alentours, j’observe les allers et venues. Dans ce festival perdu au milieu de la RainForest, un son électronique psyché-trans provient de quelque part derriere les arbres. Il est 11h du matin.
Plus de 2 mois ont passé depuis mon dernier écrit.
J’avais pris quelques notes, oui. Pas le temps de finaliser vraiment, vu la vitesse et la densité des évènements. Mais j’étais sur le coup. Des lignes magiques écrites dans le feu de la situation. Des étincelles produites par la magie d’instants inoubliables.
Seuls les écrits restent. Ou pas. Les écrits brulent, s’effacent, se diluent, se perdent. Disparaissent. Parfois prématurément. Sans copie. Sans sauvegarde. Une existence courte, dont le seul temoin de leur magie en est l’auteur. Lui-même désespéré par la perte d’une alchimie qu’il ne pourra plus jamais reproduire.

Il en fut ainsi. Suite à la disparition de tous mes écrits, je ne pourrai vous retranscrire fidèlement la magie de ces derniers mois. Je ne pourrai vous conter comment, après plus de deux mois de vadrouille, je me suis retrouvé là-haut, tout là-haut. Où le Cap Yorke prend racine. Où la Rainforest s’étend dans une jungle riche et dense. Jusqu’à la côte et ses plages magnifiques, quand, enfin, la mangrove se mêle à l’océan.

Non. Je ne pourrai que vous laisser entrevoir l’esprit, le pourquoi du comment. Comment je me suis retrouvé dans ce festival underground, perdu au milieu du bush. Comment j’ai passé l’enceinte du festoche caché dans les toilettes d’un autobus transformé en maison roulante, avec Francisca, mon âme-sœur et compagne de voyage depuis plusieurs semaines. Comment j’ai retrouvé là une partie de ma Rainbow Family.
Je ne pourrai pas vous raconter le trajet en stop avec Francisca depuis la ferme où nous restions. Tout comme lors du retour du festival aborigène de Laura la semaine précédente. De celui-ci, je ne pourrai vous décrire ces moments magiques d’échange avec les communautés abos présentes. Les danses. Les rythmes. Le poids de l’Histoire, aussi. Et mes retrouvailles avec la Rainbow Family, presqu’un mois après l’avoir quittée. Deux nuits où tout était comme avant. Antony était passé nous chercher dans notre ferme, comme il était venu la semaine d’avant histoire de nous emmener en vadrouille pour le Week-End, autour de Cap Tribulation. Je ne pourrai pas vous faire partager notre rencontre, alors, avec les aborigènes de Wujal-Wujal, qui nous hébergèrent pour la nuit. Ni la rencontre épique avec ceux de Cooktown sur fond de calumet. Ni notre nuit à l’entrée de la piste de Cedar bay et comment le van d’Antony resta coincé dans la rivière. Cedar bay. Lieu inaccessible, vierge et paradisiaque, où certains membres de la family se retrouveront après le Bushweek. Je n’aurai malheureusement pas cette chance et ce lieu restera à jamais pour moi une inatteignable terre promise.
Je ne pourrai vous raconter notre arrivée, avec Francisca, à la ferme des Skinner. Une famille plutôt banale mais adorable, pour qui nous étions les premiers woofers. Notre installation dans le Happy Shed, rebaptisé ainsi par nous, parce qu’arrivés avec rien, nous avions construit notre chez nous en recup’, écoutant des vieux vinyles trouvés là, sur un tourne disque poussiéreux réparé par mes soins. Redécouvrant ainsi quelques classiques jamais vraiment écoutés. David Bowie. Andrew Sisters. INXS. Django Reinhart. Et mon préféré, le seul morceau de rock’n’roll disponible : le 33 tour d’AC/DC. Thunderstruck.
Notre paradis de simplicité. Notre machine à remonter le temps. Un temple des années 80. Pas d’internet, pas de téléphone, pas d’ordinateur. Juste nous deux et les montagnes. La maison du bonheur.
La libération lorsque Grant Skinner signa enfin les papiers pour mon visa et que celui-ci me fut accordé, sonnant la fin de toute une période de doutes et de contraintes, la disparition d’une sensation d’oppressement et de frustration à devoir régler cette question avant de pouvoir retrouver une pleine liberté de mouvement.

Le cambriolage dans le motel où nous bossions pour Grant, qui emporta mon ordinateur, mon iPhone, le disque dur de Francisca contenant deux ans de voyage, mon appareil photo, tous les écrits de mes aventures, la musique grapillée au gré des rencontres. Les photos. Tous mes papiers, carte d’identité, permis de conduire, passeport, cartes de crédit.
Je me vois encore, sous le choc, errant sur le parking du motel, la tête dans les mains. Puis ma rapide décision de ne pas m’attarder et de regarder droit devant. En tirer une leçon de vie. En rire. La perte est matérielle. Remplaçable. Presque. Le reste est dans ma tête. Ne pas gâcher l’à venir par le chagrin de la perte de traces du passé.
Ce cambriolage qui transforma les semaines suivantes en une labyrinthesque aventure administrative, qui, en désagréable filigrane, orienta mes choix jusqu’à ce que la vie resorbe le tout et reprenne le dessus.
Vous n’aurez pas le plaisir, donc, de contempler les paysages infinis de beauté et de diversité que j‘ai pu traverser. Où je suis parfois resté quelques temps, avec l’envie de capturer ces lieux pour l’éternité. Les animaux et insectes multicolores, les papillons étincelants, les forêts foisonnantes de vie, les couchers de soleil aux couleurs d’incendie, les voutes étoilées. Les moments figés. Les communions. Les gens.

Je ne pourrai rien vous dire de mes fructueuses premières prestations de troubadour dans les rues de Cairns. De Moggy, ce vieux gamin magique plein de sagesse, un anglais fraichement débarqué de Glastonburry, et pour qui nous étions les premiers couchsurfers.
De ma première nuit dans la rue.
De la rencontre inattendue avec le gros Scott de Broome. Ma joie lorsque je lui ai sauté dans les bras, puis la soirée dans cet horrible club de backpacker, où l’on n’avait finalement rien à se dire.

Notre arrivée à Cairns après un trajet qui nous aura mis banqueroute, sans trop que l’on comprenne pourquoi. Et le luxueux appartement de Moggy, contraste inattendu avec ma vie des semaines précédentes. Luxe et sérénité au bord de la piscine. Un repos bien mérité.

Il me sera difficile de vous faire partager la remontée de la côte est avec Francisca. 5 jours, rapides et efficaces, dans notre van de relocation pour deux, transformé en autobus après avoir trouvé mes petits parisiens en auto-stop à Bundaberg. Coincés chez deux vieilles accueillantes mais complètement perchées, ils se joignirent volontiers à ce qui devint alors un mémorable road-trip.
Les kilomètres dévorés à toutes vitesse et les spots paradisiaques croisés sur la route. Et cette petite frustration de vouloir rester plus, de pousser plus loin dans des îles renommées ou des plages isolées. Mais le temps presse. Le visa. L’argent qui s’envole.
La séparation, finalement, sur un parking de Townsville, où les garçons décidèrent de tenter leur chance. Chance qui ne viendra jamais. Ils finiront au Club Med des Whitsundays, sous-payés mais heureux d’avoir enfin trouvé un moyen de financer leur fuite en Asie.

Il me sera difficile de vous raconter ces quelques jours au Southern Oracle, festival électronique du côté de Brisbane. La traversée des champs en pleine nuit pour entrer sans payer. Quelques jours à planer. Redescendre en douceur du Rainbow Gathering tout juste quitté, à l’instar de mes trois potes lâchés au bord de l’autoroute. Ils remontent en stop vers le nord à la recherche d’un boulot, comme je programme de la faire après ce petit crochet par Brisbane.

Presqu’impossible de vous décrire ces deux ou trois semaines au milieu de la forêt, dans une éphémère communauté hippie. Le Rainbow Gathering. Il reste le climax de mon périple jusqu’à maintenant. Parce que j’y ai appris une manière différente d’être et de penser. Parce que leur manière de voyager est celle vers laquelle je tend. Vagabonder en prenant son temps, au grès des flots et des rencontres. Ne pas se laisser parasiter par le temps et l’argent. « L’argent rend les gens trop prudent » disait un célèbre voyageur. Vivre simplement pour vivre pleinement.
Cette expérience a largement influencé mes choix et mon style de vie par la suite.
Ici, c’est un quotidien fait de simplicité, d’échange, et d’attention sincère envers son prochain. Notre maison à tous. Où le temps se dilate. S’arrête. S’accélère. Devient une notion subjective et insaisissable. On ne sait plus l’heure qu’il est. On s’en fout. On vit au rythme de nos envies. On passe nos soirées autour du feu sacré, le grand feu communautaire. Le cercle. Les repas. Le food circle. Dunken le fou jouant de la flûte, nu autour du feu. La musique. Les talents des uns et des autres. Les rencontres à toute heure de la journée. Qui se transforment en longs échanges avec des personnes inconnues la veille, parce qu’il n’y rien d’autre à faire qu’à partager.
Ma nuit de pleine lune sous LSD. La plus longue et la plus intense de toute mon existence. Parce que s’il ne devait y avoir qu’une fois, c’etait bien dans ce moment si spécial. Dans cet endroit rendu si spécial. Où la spiritualité est plus intense que jamais, en connection avec la nature, loin de la jungle des villes. Où chacun est l’ange-gardien du voisin. Tout pour rendre cette expérience initiatique particulière. Un voyage incursif et introspectif au coeur de moi-même.
La grande célébration qui ouvrit cette fameuse nuit, offerte par les aborigènes de cette terre.
Les chasses aux champignons magiques durant de longues après-midi au milieu des clairières ensoleillées. Ma première rencontre avec Francisca, dans son petit campement au bord de la rivière, après que les potes m’aient retrouvé me parlant à moi-même dans le retroviseur du van.
Les longues soirées à refaire le monde autour d’un calumet.
Les rencontres. Hamita, l’indien joueur de Hang. Kit et Lili. Manu, Steven. Francisca. Antony, Madhu.
les retrouvailles. Manu, mon compagnon du Nullarbor, et cette collègue Brésilienne du Rainbow Serpent dont j’ai oublié le prénom. Erika, rencontrée quelques semaines plus tôt au Rainbow Temple, tout comme Eric, Tinekemel, Dunken, Marvin .

Et tous les autres.

La longue indécision, au moment de partir. Pour toutes les raisons du monde, on veut rester. Mais on a ce van a ramener à Townsville. On laisse trainer la décision. On attend un miracle. Jusqu’au dernier moment. Moins de 30 heures pour fait 2500km. Et le miracle arrive. Tobias décide de reconduire le van seul. Il a des impératifs et doit partir dans tous les cas. Bien plus qu’un retour d’ascenseur. Il m’offre la chance d’aller au bout de ce que j’ai commencé ici. Il ouvre la porte à la suite. Devenir enfant de la grande famille. Engager la métamorphose.

Ma nuit à Brisbane pour aller chercher le van et le quatrième mousquetaire laissé sans argent à Sydney quelques semaines plus tôt. Fidèle à lui-même, Ely manquera son avion et n’arrivera que le lendemain, me laissant seul face à un constat clair. J’ai perdu l’habitude des villes. Trop grand. Trop bruyant. Trop fake. Dans ce backpacker qui ressemble plus à une usine à voyageurs, je ne me sens plus dans mon élément. Un autre monde. Une autre planète.

Notre arrivée au gathering depuis Byron Bay, tard dans la nuit. Des instructions sur un papier donnant plutôt l’impression de rejoindre une société secrète ou de participer à une chasse au trésor. Un peu le cas, finalement. Dans le van, Tobias et Axel, fauchés, voyagent à l’oeil.
Au milieu de nulle part, sur une piste poussiéreuse, tremblant de froid et de fatigue, marchant pour rester en vie, on trouve Marvin l’Équatorien qui s’est perdu en voulant rejoindre la ville. Puis la première nuit avec toute la troupe, à un petit kilomètre du lieu, parce qu’on avait trop peur de passer la rivière avec le van. Partagée avec deux membres de la famille, ils nous offrirent une introduction en douceur à ce qui nous attendait pour les semaines à venir. À ce moment là, on pensait ne faire que passer. 2 nuits, pas plus, avant de retourner sur Brisbane pour prendre un autre van et filer au nord…

Byron bay. L’Art Factory. La bande des français. Toute l’équipe du Rainbow Temple. La nuit à 7 dans le van des filles. Gwen.
Les adieux avec Anna. Les vrais, cette fois. Je prend soudain conscience du chemin parcouru, ici et dans ma tête. Parce qu’elle a été là comme un fil rouge. Broome, Bali, Melbourne, Byron Bay. Un reflet de moi-même. Sa vie parisienne, ses déceptions, ses espoirs, tout quitter pour ailleurs, pour l’inconnu, l’aventure. L’envie d’autre chose. Et puis ce choix de rentrer après un an. Un moi potentiel que j’ai laissé disparaitre, me laissant ici, face à un horizon ouvert, si large qu’il en est vertigineux. Tourner la page du tourisme longue durée pour faire de mes vagabondages un mode de vie. Si Dieu le veut. Je rêve d’Asie, d’Amérique latine, de transsibérien, mais rien n’est moins sûr. C’est le jeu. C’est ce qui rend les choses plus excitantes.

Le Rainbow Temple. Venus pour deux nuits on restera plus de deux semaines. Deux semaines de surinactivité. À fumer des joints autour du feu, grattouiller, avachis dans les canapés. Parfois participer au dîner. La fresque d’Omar, commandée par Guy, le maître des lieux. Un tableau représentant toute la bande, qui restera accroché au mur pour la postérité.
La première rencontre avec ceux qui seront personnages principaux ou simple figurants des semaines à venir. Gwen, Claire et Tobias. Eric. Erika. La fée Tinekemel. Dunken, l’handicapé social à la recherche d’attention.
Mes nuits avec Erika, isolés dans cette cabane construite dans un arbre.
L’impression déjà de vivre un truc complètement dingue et différent. Sans se douter de ce qui nous attendait.
Le départ soudain de Laure pour la France, après sa rupture avec Omar. Sans au revoir, sans prévenir. Une douche froide, qui nous laisse un moment immobiles et pensifs. Grelotants et abasourdis dans le vent froid du silence qui suivit. Un moment de solitude. Comme un grain de riz qui se coince dans le gosier au milieu d’un grand éclat de rire.
Sans Laure, je devenais soudain le babysitteur des garçon. Un job à plein temps.
L’arrivée inattendue d’Anna, qui revient du nord. Les retrouvailles et le plaisir de partager à nouveau une étape importante de notre voyage.
Le départ du Temple, finalement, fatigués de ne rien faire, d’être incapable de se motiver, et soucieux de trouver un jour un boulot.

Notre arrivée à Byron Bay dans un van de relocation, depuis Sydney où j’avais rejoint la petite bande des parisiens de Cobram. Le départ le jour même, où l’on laisse Ely à lui-meme, sans argent et sans boulot. Pour moi, Sydney n’aura duré que quelques heures. Cet objectif temps attendu ne sera finalement qu’un tremplin pour de nouvelles aventures. Une nouvelles étape. Depuis Perth, mes aspirations ont bien changé. Je ne rêve plus des mêmes choses. Je ne cherche plus les mêmes sensations. Le bitume. La route. La ligne d’horizon droit devant. Il faudra que je repasse par ici jeter un coup d’oeil, cela dit. Mais aujourd’hui, autre chose m’attend. Ailleurs.

Mon trajet en bus depuis Mount Beauty jusqu’à Sydney, et ma trop longue journée de transfert à Albury, une ville de province inutile et morne.
Et le goût d’amertume, mêlé de contrariété et d’excitation, au moment de monter dans le bus où Clay, le cowboy, m’a déposé. Le doute et la confusion. Aurais-je dû rester une semaine de plus comme ils me le demandaient, malgré tous les problèmes et les tensions ? Ai-je bien fait de partir du jour au lendemain? De faire savoir mon mécontentement ? De ne pas faire profil bas pour garder de bonnes relations, comme je me suis fait une règle d’or de la faire?
Aujourd’hui, au regard de tout ce qui s’est passé dans ma vie depuis ce fameux jour, je sais. Je sais que c’etait le bon choix. Le choix préliminaire, originel, qui entraina tous les autres. La première impulsion de cet enchainement d’événements. La première cause de la dernière conséquence. Le dernier pourquoi du premier comment.

Une période riche et dense, donc. Racontée comme je l’ai vécue. À fond la caisse. Et pourtant la partie la plus marquante de mon voyage. Peut-être la plus importante. Où mon esprit et ma personne ont changés. L’impression d’avoir vécu 10 ans en 2 mois. D’avoir grandi plus que durant l’année de voyage qui vient de passer. Je suis toujours moi-même, mais un peu différent. Un peu plus conscient peut-être. Plus affuté.
Emotionnelement ça n’a pas toujours été facile. Des départs, des adieux des rencontres, encore et toujours. Le départ d’Anna, son messages laissé depuis l’aéroport. On savait que ça viendrait, mais cette fois-ci, pas de sursis. Il n’y a plus ce petit grain d’espoir. La prochaine fois, c’est à Paris. Où ailleurs.

La suite ? Aucune idée. Je retourne à ma ferme quelques jours. Je vais bientôt devoir quitter Francisca. Elle part pour le Timor Oriental. Puis je retourne à Cairns. Busker, un peu. Trouver un boulot, peut-être. Voir ce qui se passe. Et après ? Je ne sais plus. Trop de choses se sont passées. Ma manière de penser cette fameuse suite a changé. Je ne veux plus savoir. Asie ? Et pourquoi pas Amérique latine ? Le monde entier m’appelle. De plus en plus fort. Les opportunités se font plus nombreuses ici et là. Un autre Rainbow Gathering en Amérique du sud, des potes pour me recevoir ici et là. Mais je ne fais pas de plan. Je ne fais plus de plan. Je ne sais même plus quand je quitterai l’Australie. Il y a longtemps j’avais planifié Décembre. Pourquoi Décembre? On s’en fout, on verra. Rien ne presse.

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« Still standing in the wind… »

Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi pas hier ou bien demain.
Aucune idée.

Je crois que ça me travaillais depuis un moment. Je voulais attendre. Attendre que la Terre fasse quelques tours, encore. Attendre peut-être d’être sûr d’être heureux comme je suis, d’être sûr aussi de pouvoir supporter que tu sois devenue quelqu’un d’autre, que tu sois heureuse avec quelqu’un d’autre. D’avoir rencontré quelqu’un qui m’apporte suffisamment de bonheur et de satisfaction pour ne plus être tiraillé par la peur que tu te sois mariée ou même que tu ais eu des enfants. Tant pis. Je suis toujours terrorisé à cette idée, mais j’ai pensé qu’il fallait bien qu’un jour j’arrête de fuir tout ça. Même si je préfère ne rien en savoir.
Peut être aussi l’inquiétude, à force. De ne pas savoir si tu vas bien, si tu es heureuse. Peur que tu te sentes seule dans une situation qui te rendrait malheureuse. Il m’arrive parfois d’être réveillé au milieu de la nuit par un cauchemar où je lis ton nom dans une nécrologie policière. Et dans ces moments là je sais que tu n’es pas pour moi qu’un simple souvenir rangé quelque part au fond de ma mémoire.
La peur aussi de ne plus être pour toi que celui qui t’a fui.

Aujourd’hui quand je pense à toi, je ne te hais plus. Je suis heureux de ce qu’on a vécu, de ce que tu as pu m’apporter, et conscient de ce qui a été le début de la fin. Conscient de ce qu’on était devenu, et qu’il valait mieux tout arrêter. Avec le recul du temps, je sais que nous n’étions plus fait pour vivre ensemble. Que notre longue histoire à travers les lourdes et difficiles épreuves de nos évolutions respectives trainait trop de casseroles rouillées pour avoir un quelconque avenir sain.

Je pense avoir fait le tri de mes propres colères et de mes ressentiments, certains injustifiés, motivés par mon chagrin de l’époque probablement. D’autres justifiés, mais inévitables. Que j’ai finalement surmontés et acceptés comme tels. Une manière de te dire que sans t’excuser ni oublier, je t’ai pardonné.

Il est temps, je crois, de rompre le silence. De te raconter un peu qui je suis, où je suis, où je vais. D’exister à nouveau pour toi, petit à petit. Si tu le veux toujours. Tu peux arrêter la lecture de ce mail maintenant si ce n’est pas le cas. La suite ne te sera d’aucun intérêt. Brûler ce texte et m’oublier.

Aujourd’hui je suis loin. Je sors de deux mois de travail dans un ranch. Les chevaux ont été mon quotidien pendant deux mois. J’ai cultivé ce virus que j’ai reçu de quelques amis proches, mais surtout de toi et de ta famille. J’ai tout plaqué du jour au lendemain. Mon boulot, la coloc, et mes légendaires soirées à 70 dans un appart’ dévasté au petit matin. Ma formidable équipe à l’école. Et surtout mes amis. La bande. Les potes des nuits parisiennes, les soirées sans fin de la rue de Lappe. Les 400 coups. Mon autre famille. Qui m’a sorti de mon chagrin et m’a offert 2 ans de bonheur inoubliable. Mon pote Xav, que tu n’as pas connu, et nos match du PSG. Mon virage Auteuil. Et puis le groupe. Sans grande prétention, sans avenir, à l’image de toute cette période. Et notre concert à la Cigale, où j’ai saccagé la batterie du festival, trois jours avant de m’envoler.
Et puis je suis parti. Voilà plus de 11 mois maintenant que je suis sur les routes. J’en prend plein la gueule à chaque seconde. J’ai été plongeur, barman, serveur, cowboy, cueilleur de fruit, et d’autres boulot dans le genre. J’ai appris beaucoup sur moi-même, je continue d’apprendre. Je me suis mis à vivre à fond la caisse, sans penser à demain. À suivre le vent et les rencontres. Qui sont nombreuses et profondes.
J’écris mon journal. J’y décris mes vicissitudes, mes inquiétudes et les réponses que je trouve dans toutes mes aventures. Je m’applique du mieux que je peux dans l’écriture, parce que je rêve secrètement à le faire publier un jour.
Je continue comme ça jusqu’en décembre, et puis je m’envole pour l’Asie. Singapour – Pékin, certainement. Le Xavier que tu connais m’aura rejoint en Août. Et puis ensuite, la nouvelle-Zélande et l’Amérique du sud, visiter ma pote Delphine partie vivre là-bas. Ou alors le trans-sibérien. Plein d’envies, comme tu vois. Et peut-être que cela finira par un retour prématuré, parce que je ne sais jamais de quoi sont fait mes lendemains. Et puis un beau jour, certainement rentrer. Nico a racheté le studio où il bossait. Il a plein de projets pour moi. Je ne pense pas remettre les pieds à l’éducation nationale avant d’avoir été au bout de tout ça. Ce boulot ne m’a jamais permis d’être suffisamment impliqué dans ma musique.
Bref, plein de projets. Mais je me laisse porter par le vent. Je sais que tout peut être différent. Le tout c’est que chaque pas que je fais soit porteur de plaisir et de bonheur. Simplement. Et tant pis si ça n’a rien à voir. J’ai appris à faire confiance à la vie et à ses imprévisibles revirements de situations.

Il m’arrive de penser à toi. Il y a encore beaucoup de choses auxquelles tu restes indéniablement liée. Je n’ai rencontré personne vraiment avec qui je puisse partager autant que je partageais avec toi. Avec un aussi grand niveau de compréhension mutuelle. Peu importe. Ça reviendra un jour. Ou pas. Je n’attend plus la princesse charmante. Je suis heureux d’être un papillon-voyageur. De ne penser qu’à moi-même. D’aller où bon me semble. De faire mes propres choix et d’en assumer seul les conséquences.

Voilà. J’essaye de rattraper le temps perdu. De ne pas devenir à tes yeux un total inconnu. Que tu connaisses l’état d’esprit dans lequel je suis aujourd’hui.

Je ne sais pas qui tu es devenue. Je ne suis pas sûr d’être près à l’entendre. Je suis encore fragile. Je veux juste sortir de cette ignorance dans laquelle je nous ai précipités. Entendre quelques mots de toi. Pas trop. Juste assez pour exister l’un pour l’autre. De plus en plus. Lentement. Progressivement. À la vitesse où se referment mes cicatrices.

Embrasse pour moi ta merveilleuse famille, et j’espère que ton sourire pétillant brille toujours au coin de tes lèvres.

Avec toute la tendresse du monde.

Nico.

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Can I ask you a favor ?

Article en cours de réécriture suite au vol de mon matériel.

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THE MAN FROM SNOWY RIVER by A.B. « Banjo » Paterson

There was movement at the station, for the word had passed around
That the colt from old Regret had got away,
And had joined the wild bush horses – he was worth a thousand pound,
So all the cracks had gathered to the fray.
All the tried and noted riders from the stations near and far
Had mustered at the homestead overnight,
For the bushmen love hard riding where the wild bush horses are,
And the stockhorse snuffs the battle with delight.

There was Harrison, who made his pile when Pardon won the cup,
The old man with his hair as white as snow;
But few could ride beside him when his blood was fairly up -
He would go wherever horse and man could go.
And Clancy of the Overflow came down to lend a hand,
No better horseman ever held the reins;
For never horse could throw him while the saddle girths would stand,
He learnt to ride while droving on the plains.

And one was there, a stripling on a small and weedy beast,
He was something like a racehorse undersized,
With a touch of Timor pony – three parts thoroughbred at least -
And such as are by mountain horsemen prized.
He was hard and tough and wiry – just the sort that won’t say die -
There was courage in his quick impatient tread;
And he bore the badge of gameness in his bright and fiery eye,
And the proud and lofty carriage of his head.

But still so slight and weedy, one would doubt his power to stay,
And the old man said, « That horse will never do
For a long a tiring gallop – lad, you’d better stop away,
Those hills are far too rough for such as you. »
So he waited sad and wistful – only Clancy stood his friend -
« I think we ought to let him come, » he said;
« I warrant he’ll be with us when he’s wanted at the end,
For both his horse and he are mountain bred.

« He hails from Snowy River, up by Kosciusko’s side,
Where the hills are twice as steep and twice as rough,
Where a horse’s hoofs strike firelight from the flint stones every stride,
The man that holds his own is good enough.
And the Snowy River riders on the mountains make their home,
Where the river runs those giant hills between;
I have seen full many horsemen since I first commenced to roam,
But nowhere yet such horsemen have I seen. »

So he went – they found the horses by the big mimosa clump -
They raced away towards the mountain’s brow,
And the old man gave his orders, « Boys, go at them from the jump,
No use to try for fancy riding now.
And, Clancy, you must wheel them, try and wheel them to the right.
Ride boldly, lad, and never fear the spills,
For never yet was rider that could keep the mob in sight,
If once they gain the shelter of those hills. »

So Clancy rode to wheel them – he was racing on the wing
Where the best and boldest riders take their place,
And he raced his stockhorse past them, and he made the ranges ring
With the stockwhip, as he met them face to face.
Then they halted for a moment, while he swung the dreaded lash,
But they saw their well-loved mountain full in view,
And they charged beneath the stockwhip with a sharp and sudden dash,
And off into the mountain scrub they flew.

Then fast the horsemen followed, where the gorges deep and black
Resounded to the thunder of their tread,
And the stockwhips woke the echoes, and they fiercely answered back
From cliffs and crags that beetled overhead.
And upward, ever upward, the wild horses held their way,
Where mountain ash and kurrajong grew wide;
And the old man muttered fiercely, « We may bid the mob good day,
No man can hold them down the other side. »

When they reached the mountain’s summit, even Clancy took a pull,
It well might make the boldest hold their breath,
The wild hop scrub grew thickly, and the hidden ground was full
Of wombat holes, and any slip was death.
But the man from Snowy River let the pony have his head,
And he swung his stockwhip round and gave a cheer,
And he raced him down the mountain like a torrent down its bed,
While the others stood and watched in very fear.

He sent the flint stones flying, but the pony kept his feet,
He cleared the fallen timber in his stride,
And the man from Snowy River never shifted in his seat –
It was grand to see that mountain horseman ride.
Through the stringybarks and saplings, on the rough and broken ground,
Down the hillside at a racing pace he went;
And he never drew the bridle till he landed safe and sound,
At the bottom of that terrible descent.

He was right among the horses as they climbed the further hill,
And the watchers on the mountain standing mute,
Saw him ply the stockwhip fiercely, he was right among them still,
As he raced across the clearing in pursuit.
Then they lost him for a moment, where two mountain gullies met
In the ranges, but a final glimpse reveals
On a dim and distant hillside the wild horses racing yet,
With the man from Snowy River at their heels.

And he ran them single-handed till their sides were white with foam.
He followed like a bloodhound on their track,
Till they halted cowed and beaten, then he turned their heads for home,
And alone and unassisted brought them back.
But his hardy mountain pony he could scarcely raise a trot,
He was blood from hip to shoulder from the spur;
But his pluck was still undaunted, and his courage fiery hot,
For never yet was mountain horse a cur.

And down by Kosciusko, where the pine-clad ridges raise
Their torn and rugged battlements on high,
Where the air is clear as crystal, and the white stars fairly blaze
At midnight in the cold and frosty sky,
And where around The Overflow the reed beds sweep and sway
To the breezes, and the rolling plains are wide,
The man from Snowy River is a household word today,
And the stockmen tell the story of his ride.

The Bulletin, 26 April 1890.

Traduction française à venir.

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